Exclusif : le célèbre avocat américain, Norman Siegel demande « justice pour la Guinée »

Dans quelques jours ce sera le deuxième anniversaire de la tragédie du 28 septembre 2009 qui a vu des viols collectifs et des tueries au stade du même nom. Cette tragédie qualifiée de « crimes contre l'humanité » par les organisations de droits de l'homme a revolté la communauté internationale qui a fait pression sur la junte militaire jusqu'à leur abandon formel du pouvoir et la tenue d'élection. La Cour Pénale Internationale s'est engagée à ce que les accusés soient traduits devant la justice soit nationale ou internationale pour répondre des faits avérés.

Aux Etats-Unis où la cause des femmes est très sensible, le manque de progrès juridique sur ce dossier sensible de la part du gouvernement guinéen a conduit à la formation de groupes de pressions dont l'objectif est de « sensibiliser l'opinion américaine sur les violations des Droits de l'Homme en Guinée. »

 

Parmi les animateurs de ces groupes de pression, figure une figure de proue historique du mouvement de l'émancipation des Noirs aux Etats-Unis. Mr Norman Siegel, avocat à New-York, ancien président de l'Association de la Défense des Droits Civils de New-York.

Né à Brooklyn, il y a 68 ans, Norman Siegel est diplômé de la fameuse faculté de droit de l'Université de New York, NYU. Il plaide souvent des causes sociales et a dans son sac plusieurs recours en justice contre la ville de New York, la fameuse NYPD (New York Police Department) pour brutalité, le service de transport publics de la vlle pour « discrimination raciale» à l'encontre des officiers noirs moins bien rémunérés que leurs collègues blancs. Il s'est aussi attaqué à l'administration du maire de New York, le milliardaire Michael Bloomberg pour des privilèges indûment accordés à une vingtaine d'écoles privées en échange de 45 millions de dollars.

Le célèbre avocat est très connu au sein de la communauté guinéenne des Etats-Unis pour son implication dans l'affaire Amadou Diallo, ce jeune guinéen tué par erreur par des policiers en 1999. Norman Seigel est membre du Conseil d'Administration de la Fondation Amadou Diallo que Kadiatou Diallo (sur la photo assise à droite à coté de David Dinkins, ancien maire de New-York) la mère du défunt guinéen a mis en place après l'indemnisation au civil de la ville de New-York à la famille. La Fondation prône l'entente interaciale et offre des bourses aux jeunes africains.

Impliqué dans le mouvement qu'il appelle «Justice pour la Guinée», Norman Siegel (debout sur la photo) s'est confié à Guinéenews©.

En toute exclusivité.

Guinéenews© : Mr Siegel, vous êtes bien connu aux Etats-Unis et au sein de la communauté guinéenne de New York, mais les Guinéens en Guinée même ne vous connaissent pas du tout. Voulez vous vous présenter à un Guinéen qui n'a pas accès à Internet, qui ne comprend pas anglais et qui vit à Conakry, Labé, Kankan ou Kindia ?

Norman Siegel: Je suis un avocat des droits civiques depuis plus de 40 ans et je crois à la liberté, la justice et l'égalité pour tous les citoyens. Obtenir la justice et l'imputabilité de la part de ceux qui violent les droits civiques des autres est mon objectif et je me bat pour ca depuis plusieurs années.

Comment en êtes vous venu à vous intéresser aux affaires guinéennes?

Je connait la famille d'Ahmadou Diallo ( NDLR un jeune guinéen qui a été abattu par erreur par la police en 1999). J'ai une idée générale de l'histoire récente de la Guinée. La famille Diallo m'a informé de ce qui se passe récemment en Guinée et quand on m'a demandé si je suis prêt à travailler dans une campagne sur la justice et les droits de l'homme en Guineé. J'ai repondu "oui!"

Pourquoi "Justice en Guinee"? Est ce que selon vous il n'y a pas de justice en Guinée?

Ce que j'ai appris, est qu'il y a eu des torts flagrants qui se sont passés et qui continuent à se passer en Guinée. Nous devons corriger ces torts. Nous devons en parler ouvertement. Nous ne pouvons pas, devons pas rester silencieux en face de ces méfaits. Nous devons informer, éduquer le peuple sur les méfaits qui ont eu lieu et qui continuent à avoir lieu en Guinée ?

Que comptez vous faire ?

Nous avons entamé une campagne de sensibilisation. Nous avons créée un site Internet justiceinguinea.org. Nous somme en train de developper une campagne de sensibilisation pour informer le public, les décideurs sur la situation des Droits de l'Homme en Guinée. La campagne consistera en panel de discussion dans les universités américaines et dans les forums publics. Le jeudi dernier nous avons lancé une page publicitaire dans le journal AM New York. Nous continuerons à faire des pages publicitaires entières dans les media sur la situation en Guinée. Nous organiserons des marches et nous avons une marche prévue le 28 septembre devant le siège des Nations Unies pour commémorer le deuxième anniversaire du massacre du 28 septembre 2009 qui a eu lieu à Conakry. Et nous entrerons en contact avec l'administration du président Obama, le State Departement, les Nations Unies, l'Union Européenne. Nous espérons la fin des violations des Droits de l'homme en Guinée. Nous espérons ouvrir les yeux du monde entier sur la réalité pénible de ce qui se passe en Guinée.

Allez vous consulter toutes les parties dans le débat guinéen, ou bien vous ne parlez qu'avec les victimes ?

Non! Nous avons rencontré à Washington déjà des gens qui, quoique ne se sont pas des représentants officiels, leur arguments sont dans le même sens que le gouvernement. Bien sur j'ai écouté leur arguments, mais pour moi, toute violence est inacceptable et nous demandons une protection égale pour toutes les parties, quelque soit leur ethnie. Nous essayerons de trouver un point commun. Par exemple, j'ai été informé qu'il ya une tension à New-York entre les Guinéens de différentes ethnies. J'ai déjà commencé à parler aux gens ici. Je leurs ait dit que nous devons trouver des moyens de rassembler les gens. Pas les diviser. Peut être que si nous pouvons le faire ici à New York, cela peut être un modèle pour les gens au pays. Je n'ai jamais été en Guinée, mais j'ai été au Sénégal. Je compte bien me rendre en Guinée un jour.

N'avez vous pas peur qu'avec les tensions, les passions qui ont suivi les dernières élections en Guinée, que de telles démarches puissent conduire à des violence intercommunales entre les Guinéens de bords différents que ce soit ici ou en Guineé ?

Je suis bien au courant des tensions. Je suis au courant de la violence potentielle. Mais je suis ceux des gens qui sont le produit des mouvements pour les droits civiques (des Noirs NDLR) en Amérique dans les années soixante. J'ai été parmi ceux qui sont allés au Sud (des Etats-Unis) et notre slogan était: "Nous allons surmonter!" Nous avons écouté Martin Luther King, le Southern Leadership Christian Conference, les commités de la Non-violence. Je crois que nous pouvons toujours trouver le meilleur chez les gens. Je sais que si on présente les choses de facon honnête, exacte avec les faits, vous avez une chance de parler avec les gens. Les gens peuvent se rassembler et trouver des points d'entente. Et tous ensemble nous pouvons vaincre la bigoterie et la violence. Je ne pense pas qu'il faut fuir la bigoterie et la violence, il faut plutot faire face à ces maux. Quand vous faites face à ces maux, vous devez avoir l'esprit ouvert, vous devez écouter les gens et essayer de répondre avec des arguments. La violence basée sur l'ethnie est mauvaise, de quel bord elle provient

Vous savez que présentement, le président Condé est aux Etats-Unis pour la conférence des Nations Unies. Qu'attendez vous de lui ? D'abord allez vous le rencontrer? Avez vous chercher à le rencontrer et lui exposer ce que vous comptez faire?

avocat américain, Norman Siegel Je n'avais pas l'intention de le rencontrer. Mais d'un autre coté, si quelqu'un me demande: «Etes vous prêts à le rencontrer, l'écouter, et voir ce qu'il à à dire? » je dirais « Oui! » Vous devez toujours laisser la porte ouverte. Vous devez écouter les gens. Si bien entendu je doit rencontrer le président guinéen, je viendrais avec les gens de la campagne pour la justice en Guinée. Je lui demanderais cela mais bien sur je lui rencontrerais. Je sais qu'il est là à New-York, mais je n'ai pas cherché à le rencontrer encore.

Allez vous essayer de le rencontrer? Quand il lira par exemple cette interview et comprendra que vous êtes prêt à le rencontrer?

Oui! Je serais prêt à le rencontrer.

 Qu'attendez vous du président Alpha Condé?

 Je voudrais qu'il montre un leadership en rendant les gens responsable de ce qui est arrivé le 28 septembre 2009, quand des citoyens pacifiquement ont tenu un meeting politique au stade du même nom. Le résultat fut au moins 150 personnes tuées, 109 femmes violentées incluant des mineurs. 77 de ces femmes furent violées. Et... il est clair comme l'eau de roche... ce que je vient de dire... il y a des preuves documentaires de la commission d'enquête des Nations Unies, d'Amnistie Internationale, Human Rights Watch. Quand ces preuves sont évidentes, et que personne n'est tenu responsable, cela ajoute au cynicisme des des gens, de leur aliénation en se rendant compte que les responsable ne sont pas puni. Et mon combat est de m'assurer que les responsable de ces crimes soient traduits en justice.

Vous venez de nous dire que vous n'avez jamais été en Guineé. Quand est ce que les Guinéens vont vous rencontrer? Avez vous dans vos plans un voyage en Guineé dans le futur proche ?

 J'ai dit à Kadiatou Diallo (la mère d'Amadou Diallo) la dernière fois que je m'attend à aller avec elle en Guinée. J'ai été à Dakar, Sénégal et j'ai été très impressionné par les gens là bas et par le pays. Ils ont des problèmes politiques aussis. Mon rôle en tant qu'avocat des droit civiques es t un rôle technique. Les gens avec qui je travaille ici, la majeur partie d'entre eux ont grandi en Guinée et vivent maintenant aux Etats-Unis. Ce sont des idéalistes, des hommes et femmes de principe. Ils sont très déterminés à voir la justice en Guinée. Et je les aide pour cela. Je me considère comme un technicien. C'est ca le rôle des avocats: aider les gens comprendre c'est quoi les faits, présenter de facon légale ces faits. Nous préparons une poursuite judiciaire devant les tribunaux américain et internationaux. Nous allons rencontrer les procureurs de la Cour Internationale de La Hayes pour les persuader à prendre des mesures et à agir. C'est simplement inacceptable ce qui est arrivé le 28 septembre 2009. Donc si je parle au président Condé, je lui demanderais de faire preuve de leadership et de traduire en justice ceux qui ont participé au massacres, tueries, bastonades, viols et lui demander en sa capacité de leader de rendre ces perprétrateurs imputables de leurs gestes.

N'avez vous pas peur que l'on vous manipule pour régler des comptes entre les différents groupes et partis politiques en Guinée ?

J'ai toujours été très conscient de cette possibilité que l'on se serve de moi à des fins politiques ou partisanes. Mais je suis avocat des droits civiques depuis plus de 40 years. Cette manipulation n'a pu avoir lieu dans le passé et je suis confiant que ca n'arrivera pas justement parceque je suis pas là pour supporter un candidat quelquonque ou un parti politique. Toute personne qui cherchera à se servir de moi pour des fins partisanes, je ne le laisserai pas faire. Ce n'est pas mon genre.

Merci beaucoup M. Siegel

 Merci beaucoup (En Français).

 Interview réalisée en anglais et traduite en français - par Bah Boubacar Caba pour Guinéenews©

 Boubacar Caba Bah

Orangeville, Canada

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